Atelier Classes Préparatoires Littéraires du Lycée Giocante de Casabianca de Bastia

Chaos debout !

C'est l'histoire d'une résistance,

celle de l'élan contre l'immobilisme,

celle du désir contre l'inertie,

celle de la poésie qui se dresse nue

et interroge le monde.

C'est l'élan de la jeunesse protéiforme,

de la jeunesse fougueuse et virulente,

qui nous défie d'un geste,

d'un seul regard,

d'un mot.

   

 

Il s'agit de donner sens à la Création,

à l'Amour, à l'Absurde

auquel nous sommes tous confrontés.

Il s'agit de faire face. Face contre terre.

Face aux étoiles. KO, oui, KO, mais debout !

 

 

Vingt et un étudiants de Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles se rendent le mercredi 2 rue Notre Dame de Lourdes. C’est un atelier théâtre. Deux heures. Parfois trois. Le week-end parfois. Les vacances parfois. Ils reviennent. Ils assistent à des spectacles. Européens. Contemporains. Ils s’attardent après l’atelier. Font durer. Prolongent. La Fabrique, c’est un peu chez eux.

On leur avait dit le théâtre, c’est très important, le théâtre et la Cité, le spectacle vivant, l’engagement, la création, la culture - ça ne se finance plus, ou mal, mais c’est très important la culture, non? Ils écoutaient en y croyant mollement. Ils avaient peut-être des buts plus modestes. Faire quelque chose avec le ridicule et la peur, faire quelque chose avec une drôle de voix que personne n’entend ni n’écoute, être ensemble.

Un homme les attend. Ils le savent. Il les attend toutes les semaines. On ne parlera pas de lui.

François Bergoin. Au départ, au centre de cette vie théâtrale hebdomadaire.

Il ne veut pas qu’on dise au centre - il a raison. Les étudiants sont au centre.

On leur avait dit des mots. C’est autre chose. Pas de parade costumée, pas de célébration muséale où l’indigence se cache prudemment sous les ors du répertoire. C’est plus modeste et c’est très important. Ils sentent bien que quelque chose fait son chemin, que cette expérience collective va marcotter, surgir ailleurs dans leur vie, transformer quelque chose.

Sur le plateau : être soi et être ensemble. Attentif à son texte, à sa voix, à son corps sans perdre conscience des autres, autour. Une vision périphérique qui s’ouvre un peu. Faire corps avec le groupe sans renoncer à soi. Pas d’identité sans hospitalité.

Ils connaissaient les textes, ils les commentaient, les pratiquaient dans l’étude silencieuse. Ils les incarnent. C’est une épreuve - ça peut échouer. C’est toujours un événement. Parfois miraculeux, parfois inaudible - comme la vie.

Il s’agissait sans doute de cela - échapper à la prédation lente de l’infra-ordinaire, nuire à la bêtise du temps perdu, fuir l’asphyxie. Vivre un peu sans rideaux ni coulisses.

 

 

Emmanuel Boisset

Professeur agrégé de Lettres modernes. CPGE-lycée Giocante de Casabianca_Bastia

Prenez soin de vous
PRIVATE STORY
CHAOS DEBOUT
L'AMOUR, MON CHIEN ET AUTRES CHIMERES